Ces Ouïghours plus ou moins forcés d’émigrer

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Ces Ouïghours plus ou moins forcés d’émigrer

Messagepar Admin » 24 Juil 2009 16:04

23.07.2009 | Ariana Eunjung Cha

Depuis quelques années, les autorités organisent la migration en masse de paysans du Xinjiang vers les usinesde l’est du pays. Sur place, le mélange de populations provoque souvent des tensions.

D’URUMQI


Maintien: Les émeutes du 5 juillet à Urumqi ne changeront pas la politique de transfert de main-d’œuvre du Xinjiang vers les provinces côtières de la Chine, écrit le site officiel Zhongguo Xinwen Wang. Ayant commencé en 2004 au rythme de 10 000 personnes par an, ce programme a rapidement pris de l’ampleur, avec le transfert en 2008 de 240 000 personnes, employées principalement dans les usines d’habillement, de chaussures et de jouets. Le Xinjiang est lui-même une importante région de migrations : en 2009, il compte 1,3 million d’ouvriers venus d’ailleurs et 1,9 million de migrants internes à la région, selon le site Urumqi Zaixian. Les autorités attendaient en 2009 environ 1,2 million de personnes.

Lorsque les autorités locales ont décidé de recruter de jeunes musulmans Ouïghours pour aller travailler à l’usine de jouets Xuri, dans les riches zones côtières de la Chine, les réactions ont été mitigées. Certains, séduits par le salaire et quelques avantages, se sont empressés de signer. D’autres, comme la sœur de Safyden, âgée de 21 ans, étaient moins enthousiastes. La jeune femme était inquiète, racontent ses proches, à l’idée de partir si loin de sa famille, dans un environnement culturel, religieux et physique chinois han si différent de ce à quoi elle était habituée. Et puis un responsable local a menacé d’infliger à sa famille une amende de 2 000 yuans [plus de 200 euros] si elle n’acceptait pas ; alors, au printemps, la jeune fille a fait ses valises et est partie travailler à l’usine de Shaoguan, à quelque 3 200 kilomètres, dans une région industrielle du sud de la Chine.

Les émeutes du 5 juillet à Urumqi, la capitale du Xinjiang [200 morts], trouvent en partie leur origine dans ce programme de déplacement de main-d’œuvre. Les manifestants Ouïghours qui ont envahi le grand bazar d’Urumqi exigeaient l’ouverture d’une enquête approfondie sur une bagarre à la fabrique de jouets qui avait opposé ouvriers hans [l’ethnie chinoise majoritaire] et Ouïghours [ethnie turcophone du Xinjiang], bagarre qui avait fait deux victimes parmi les Ouïghours. En déplaçant des travailleurs vers des usines hors du Xinjiang et en installant des usines tenues par des Hans au Xinjiang [les Hans représentent aujourd’hui 40 % de la population dans cette région, contre 6 % en 1949], les autorités chinoises assurent vouloir élever le statut économique de cette population musulmane, dont les revenus sont inférieurs à la moyenne nationale.

Favoritisme ou politique d’assimilation ?

Cependant, certains Hans en viennent à critiquer ces mesures, dans lesquelles ils voient du favoritisme, et certains Ouïghours estiment que cette politique d’assimilation va trop loin. Ces derniers assurent ainsi que leur langue est progressivement chassée des écoles, que dans certains cas ils ne peuvent pas porter la barbe, se couvrir la tête ou jeûner ainsi que le leur prescrit leur religion, et qu’ils sont victimes de discrimination à l’emploi, tant dans le secteur public que privé.

Lancé en 2004, le programme de déplacement de main-d’œuvre a déjà envoyé des dizaines de milliers de Ouïghours de villages pauvres vers des villes plus riches [voir ci-contre]. Son ­objectif était de rapprocher les deux groupes ethniques afin de les faire vivre en­semble et de leur permettre de mieux se comprendre. Les Ouïghours sont appâtés par des salaires deux à trois fois supérieurs à ce qu’ils peuvent gagner chez eux dans la cueillette du coton, ainsi que par divers avantages comme la formation au maniement des machines industrielles, des cours de chinois ou des bilans médicaux ­gratuits. Plusieurs ouvriers nous disent avoir ainsi amélioré leur niveau de vie grâce à ce program­me et avoir été bien traités par leurs patrons et collègues hans. Selon d’autres, à l’inverse, le programme serait devenu coercitif.

Dans les villages des environs de la ville de Kachgar, les habitants racontent que les familles ont été obligées d’envoyer au moins un de leurs enfants, sous peine de recevoir une lourde amende. “Dans ma ville, les gens sont pauvres et ne peuvent pas se permettre de payer une somme pareille. Alors il a bien fallu qu’ils envoient leurs enfants”, explique Merzada, 20 ans, qui, comme tous les Ouïghours que nous ­ren­controns, ne s’exprime qu’à condition que son nom de famille ne soit pas mentionné. Yasn, lui, raconte que, faute de pouvoir payer l’amende, sa famille n’a eu d’autre choix que d’envoyer sa sœur, tout juste sortie du collège, dans la ville orientale de Qingdao [province du Shandong] pour travailler chez un fabricant de chaussettes. “Elle a pleuré tous les jours jusqu’à son départ”, explique Yasn.

Liu Guolin est un Han propriétaire d’une usine de textile de la province du Hebei [nord de la Chine] qui emploie des Ouïghours dans le cadre de ce programme. La première année, en 2007, son entreprise a accueilli 143 ouvrières, qui étaient, à sa grande surprise, accompagnées d’un fonctionnaire bilingue venu de leur ville d’origine pour surveiller en détail leur vie quotidienne. “Si le fonctionnaire n’avait pas été là, j’imagine qu’elles se seraient enfuies dès le premier jour. Mais je ne m’en suis pas rendu compte avant que des responsables locaux ne me l’expliquent. J’ai compris alors que ces filles n’étaient pas venues de leur plein gré”, raconte Liu. L’agent de sécurité ne leur permettait pas même de prier ni de porter le voile à l’atelier, raconte le chef d’entreprise...

Cela n’est pas vrai, réplique Bi Wenqing, vice-directeur du bureau du district de Shufu, chargé du programme de déplacement de population : ni la coercition ni la menace d’amendes n’ont été utilisées contre les participants. Ce responsable reconnaît cependant que les ouvriers Ouïghours, quoique libres de pratiquer leur religion, ne sont pas encouragés à le faire. “Nous les incitons à renoncer à la religion. Plus ils sont religieux, plus ils sont arriérés. Et les séparatistes se servent de la religion pour fourvoyer une jeunesse ouïghoure innocente”, assure-t-il.

Grâce à Internet et aux téléphones portables, la nouvelle et les détails de la bagarre sont parvenus dans les villes Ouïghoures du Xinjiang, et des appels à l’action ont été lancés. Deux jours après les émeutes sanglantes d’Urumqi, des responsables de l’usine Xuri ont annoncé avoir trouvé la solution aux tensions ethniques : la ségrégation. La société a ouvert une unité de production réservée aux ouvriers Ouïghours dans un parc industriel situé à plusieurs kilomètres de son site principal. Selon Amyna, une employée ouïghoure de 24 ans, les conditions de travail “ne sont pas très bonnes”. Mais, au moins, “les Ouïghours vivent entre eux et ne se mélangent pas aux Hans”.

Source: http://www.courrierinternational.com/ar ... -d-emigrer
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